C’est dans les marchés de Lannemezan et de Bagnères et dans les foires de la vallée d’Aure qu’on fait les acquisitions et les ventes. La brebis du pays est, quant à ses proportions, la laine et même sa chair, un intermédiaire entre le mérinos d’Espagne et la grande brebis d’Argelès, de Luz, Barèges et du Béarn. Croisée avec ces dernières, on obtiendrait plus de taille en même temps qu’assez de finesse encore. Elle est élevée avec beaucoup de soins et constitue une source de bien-être dans le pays.
Le gibier est très commun dans le territoire de Lomné ; le lièvre et le lapin y sont très abondants ainsi que la perdrix rouge, sans doute parce qu’en même temps que le pays se prête bien aux moeurs de ces animaux, ils y sont peu tracassés, il est rare d’y voir quelque chasseur. Les habitants de Lomné se livrent aussi peu à la pêche qu’à la chasse. Il faut le dire, le poisson y est très rare depuis que des pêcheurs étrangers ont pris la funeste habitude d’empoisonner nos cours d’eau très poissonneux. La truite et l’anguille de l’Arros et surtout celles de l’Ayguette sont très renommées.
Lomné est sillonné par des chemins vicinaux ordinaires et des chemins d’intérêt commun convergeant presque tous vers le même point et conduisant vers le chef-lieu de canton et Lannemezan, marché presque exclusivement fréquenté ; de nombreux chemins ruraux relient entre eux les divers quartiers.
Un chemin de grande communication construit en 1850 met Lomné en communication avec la vallée de la Neste, la vallée d’Aure, Bagnères et Tarbes. Ce chemin a son origine à Esparros et aboutit au département du Gers. Le courrier qui fait en voiture le service des dépêches entre Lomné et la gare de Capvern, qui est la plus rapprochée, est le seul moyen de communication avec le chef-lieu du département ; on compte 12 kilomètres de Lomné à cette gare. Les mesures en usage dans la commune sont toutes métriques, à l’exception du journal (mesure de superficie) qui es de 25 ares 52.
Rien ne semble indiquer l’étymologie du nom donné à cette petite localité et nous laissons à d’autres le soin de la trouver ; Les archives communales n’ayant pas été conservées, il nous serait aussi difficile d’établir l’histoire de ce premier temps. Les documents les plus anciens de ce genre sont un vieux cadastre de 1792, les registres d’état civil jusqu’en 1776 et un registre de délibérations du conseil municipal remontant à 1827. Il résulte des renseignements que nous y avons puisés, qu’avant 1792, le curé rédigeait les actes d’état civil.
A cette époque, Lomné était la résidence d’un seigneur Michel de Cardeillac.
Nous savons que ce seigneur est le même que celui que l’on trouve avant à Esparros plaidant contre les habitants de la Baronnie. Après avoir perdu son procès, il fixa sa résidence à Lomné où il fut construit par lui au XVII° siècle un château réellement féodal, parfaitement conservé jusqu’à ce que, en 1881, le jour de Pâques, l’incendie le mit en ruines. Ce château bâti dans le style grandiose de la Renaissance, sur un petit mamelon en forme de cul-de-sac, entre le confluent de l’Arros et de l’Ayguette, au seul point de Lomné d’où l’horizon s’élargisse au loin et vers le nord ; communiquant par cette seule ouverture avec son collègue de Mauvezin et en face des hautes montagnes qui appartenaient alors encore au châtelain ; entouré comme d’un méandre, d’un coté par les eaux de l’Arros, de l’autre par celles de l’Ayguette qui semblent ne quitter qu’à regret ces lieux imposants par l’aspect des montagnes et qui leur sont chers à cause du calme profond du site et de la douceur de son climat. Il se compose d’un énorme carré flanqué de quatre tours énormes, contraste gracieux de la force et de l’élégance. Cette construction imposante est sise sur une énorme terrasse ne mesurant pas moins de 8 à 10 mètres de hauteur.
Quels droits le Seigneur exerçait-il sur les habitants ? Probablement il n’y en avait aucun à cette époque, et s’il fixa sa résidence à Lomné, c’est sans doute à cause des vastes propriétés qu’il y possédait et aussi pour s’éloigner de ceux qui l’avaient longtemps tracassé. Il est certain que la vie communale date d’avant cette époque et que la féodalité avait perdu son prestige depuis longtemps. Cependant on parle encore dans le pays de redevances qui lui étaient payées par les paysans. Que si l’on voit encore alors construire des châteaux au milieu de vastes domaines qu’ils possédaient, c’est parce qu’ils étaient riches et par respect et probablement du titre qu’ils avaient.
Pas d’idiome local, pas de chants propres à la localité ou rappelant des temps déjà loin de nous. Le patois est la langue en usage, se rapprochant de plus en plus de notre langue nationale, mais conservant toujours ses tournures vives et gracieuses, parfois même très harmonieuses.
Le français est compris de tout le monde ; les jeunes le parlent et l’écrivent d’une manière convenable.
Comme chants on n’entend plus que des morceaux patriotiques, des romances et quelques petites chansonnettes. Les moeurs sont simples en même temps que prudes ; le seul culte professé est le culte catholique. Les costumes se confectionnent en partie avec des laines du pays, mais diffèrent peu des costumes des grandes villes. L’alimentation quoique frugale est généralement bonne ; on mange peu de viande, sauf du salé, du bon pain de froment ; le maïs, la pomme de terre et les légumes constituent la nourriture de tous les habitants.
Depuis 1833, époque de la création d’une école primaire à Lomné, 12 instituteurs titulaires et 2 intérimaires ont été appelés à la diriger.
Cette école a toujours été et est encore commune aux deux sexes. C’est en 1854 qu’une maison d’école fut construite. Jusqu’alors, c’est-à-dire pendant plus de trente ans, une chambre louée servait de local pour l’école, et l’instituteur recevait une indemnité de logement s’il ne couchait pas dans la salle d’école même.
Avant 1833, les enfants étaient instruits dans leur famille par des maîtres étrangers non brevetés qui s’y rendaient très irrégulièrement. La maison d’école que possède aujourd’hui la commune se compose d’une salle d’école qui mesure 33 m. carrés et demie ; elle reçoit en moyenne 35 élèves. Si l’on considère la place occupée par l’estrade du maître et la bibliothèque qui s’y trouve, on verra qu’elle est insuffisante et que les mouvements y sont presque impossibles. La partie affectée au service de l’instituteur est encore plus exigüe. Elle est séparée de la précédente par un corridor de 1m90 de largeur et comprend deux petites pièces seulement : une cuisine de 11m carrés et une petite chambre à coucher qui n’arrive pas encore à 16m carrés.
A ce logement bien insuffisant correspondent des mansardes que l’instituteur est obligé d’utiliser comme complément de logement quoiqu’elles soient pour ainsi dire inhabitables à cause de la trop forte chaleur en été et du froid excessif en hiver. A la salle de classe correspond une pièce semblable qui sert de mairie. Il seraità désirer que tout ce local fut agrandi et mieux arrangé. Il faudrait surtout que des préaux y fussent construits, car à cause de la trop grande distance, presque tous les enfants sont obligés de rester dans l’intervalle des classes, et comme il n’y a pas d’abri, il faut forcément, pendant le mauvais temps, les laisser dans la salle d’école elle-même. Par ce fait, le peu de matériel qui s’y trouve se dégrade facilement et il est impossible d’y maintenir un état de propreté convenable. La fréquentation, quoique n’étant pas tout à fait bonne, n’est pas non plus mauvaise.
La plus grande désertion a lieu en mai, juin, octobre et novembre. Dans cette saison de grands travaux, les enfants sont indispensables dans les familles pour la garde des animaux. Aussi l’instruction est assez en progrès ; depuis longtemps pas de conscrits ne sachant lire et écrire, pas de conjoints n’ayant pas pu signer leurs noms.
Pour rendre justice à la municipalité soucieuse de l’instruction des futures générations, il faut dire qu’elle n’a jamais reculé devant les sacrifices quand il s’est agi d’enseignement. Depuis 1867, elle a toujours maintenu la gratuité par le vote constant des 4 centimes extraordinaires.
La fondation de la bibliothèque remonte au 22 août 1865. Elle était communale et a compté plus de 500 volumes ou opuscules ; par le manque de soins du bibliothécaire sans doute et avec le temps, beaucoup d’ouvrages ont disparu. Elle ne compte plus que 200 ouvrages. Le mois dernier, la Municipalité consentit à la transformer en bibliothèque populaire et scolaire. Elle fut alors confiée à l’instituteur qui en accepta la responsabilité avec plaisir et la rétablit en ordre. 15 prêts ont été faits aux familles depuis cette époque ; 12 aux élèves pour les emporter dans leurs familles et une fois par semaine une lecture en commun se fait à l’école sur un ouvrage des plus intéressants de la bibliothèque. Le conseil qui a voté une somme de 10frs pour l’acquisition de livres pour la bibliothèque est disposé à faire chaque année un pareil sacrifice pour cette bonne oeuvre. Le traitement de l’instituteur actuel es de 1.200 francs.
Fait à Lomné le 15 avril 1887 L’Instituteur, M.Claverie.