Une grande déception avait atteint le Régiment, jugé trop "indigène" pour la technique d'une formation blindée : il ne devait pas participer en unité constituée, au débarquement en France, préparé avec minutie et attendu avec impatience et enthousiasme.
Nous formions une solide équipe de lieutenants ardents et si désireuse d'en découdre avec l'allemand, qu'elle avait pris pour slogan :
" Nous ne rentrerons pas en France la valise à la main ! " C'est pourquoi René de la Tousche, Karrière , Andrieu, Gieise et moi, pour ne citer que les lieutenants de bataillon, nous portions-nous systématiquement volontaires sur tous les "états" demandés à l'époque, à condition qu'il s'agisse du Corps Expéditionnaire.
Ma Compagnie bivouaquait dans un village des environs de Tlemcen. Nos tirailleurs qui avaient fait leurs preuves en Tunisie, étaient aguerris; l'unité parfaitement soudée, nous les aurions menés au bout du monde, mais nous nous ennuyions ferme, l'instruction ne "prenait" plus, sauf quelques marches et tirs, et nous nous rongions les poings en tuant le temps au poker, au 7 1/2, en organisant des courses de mulets, souvent attelés aux petites voitures de mitrailleuses à roues caoutchoutées, "piquées" aux Italiens en Tunisie.
C'est avec cet équipage que, deux ou trois fois par semaine, à tour de rôle, nous rejoignions nos femmes restées à Tlemcen, essayant de leur apporter quelque ravitaillement des fermes, pour compléter des paniers mal garnis en ville, sinon au troc (une chemise contre un pigeon bien maigre).
C'est ainsi que j'arrivais un soir, le 19 ou 20 Mars 1944 je crois, villa Gonzalez, rue Claverie, pour apprendre à Maÿlis que tous les officiers de la garnison étaient convoqués au Cercle pour une conférence. Nous en ignorions le sujet.