Chapitre IV
L'Angleterre : l’entraînement des " jedburghs "
1er partie : Les Jedburghs
Avant de quitter ce bord, cependant, nous avons du subir, chacun en particulier, dans une cabine, un long et minutieux interrogatoire d'officiers de l'Intelligence Service : nous devions exposer, par coeur, un certain nombre de caractéristiques personnelles telles que les noms de jeunes filles de mère, épouse, grand-mères, notre rang d'entrée à Saint Cyr, la date de nomination au dernier grade. Ils avaient d'ailleurs, par devers eux, un certain nombre de documents, tels que l'Annuaire des Officiers, leur permettant des recoupements immédiats.
J'admirais l'organisation et l'efficacité basées sur une très grande volonté de succès, sur le sérieux de l'enquête et au fond sur la simplicité des moyens employés.
Ces interrogatoires terminés, accoudés au bastingage, nous avons vu s'éloigner sur le quai, encadrés par des policiers mais qui portaient leurs valises, ceux de nos camarades qui étaient passés par l'Espagne pour rejoindre l'Afrique du Nord. Systématiquement contrôlés sévèrement, ils étaient dirigés vers les services spéciaux de "Patriotic School".
Quant à nous c'est le train qui nous a vite amenés de Glasgow à Londres où généreusement nous fûmes, nantis d'une somme de 40 livres, envoyés en permission pour nous permettre de refaire une garde-robe décente (je me souviens des chemises kaki à haut col de chez Austin Reed of Regent Street et des magnifiques burberrys si confortables à doublure de poil de chameau).
Nous avions décidé aussi de nous offrir un excellent dîner chez Prunier où le vin français n'était pas donné, et aussi de nous faire, mutuellement, des petits cadeaux agréables, briquets, sticks anglais (je l'ai toujours,je l'ai récupéré après la Libération). Nous nous donnions une touche civilisée et britannique, ce qui est presque un pléonasme, mais en gardant jalousement nos képis bleus, si français et si "Armée d'Afrique" qui nous valurent souvent dans la rue l'apostrophe de quelques Anglais, surtout de vieilles dames "Vive la France", avec l'accent !
Je ne me vois plus très bien quittant Londres mais, par contre, revois parfaitement notre arrivée dans une grande propriété d'Henley on Thames où nous fûmes accueillis par un beau cavalier, très fin et racé, de SCHONEN, que j'ai retrouvé en 1965 ou 1966 ambassadeur de France à Lusaka en Zambie.
Il nous a expliqué alors l'organisation du plan "JEDBURGH" . (A la plupart de leurs plans d'organisation, les Alliés donnaient des noms de code.), JEDBURGH nom d'une ville d'Ecosse, était le nom de code couvrant notre recrutement, notre entraînement et nos missions.
Nous devenions des "JEDS" et formerions chacun une équipe de 3 hommes, toujours un officier Français et toujours un officier allié soit Anglais soit Américain, le 3° homme étant un sous-officier radio, de l'une des trois nationalités.
L'atmosphère était sympathique : dès notre arrivée des "WRENS" ou "WAAC" (Auxiliaires Féminines) d'une école féminine de transmissions située dans le même magnifique parc s'étaient précipitées pour inviter les français à un bal et je vous assure que si quelques uns se sont fait des "relations" d'autres n'ont vu là heureusement qu'une bonne détente après la traversée.
Nous avons complété les formulaires administratifs, signé un engagement pour la durée de la guerre dans les Forces Françaises Libres, fait notre testament (21 AVRIL 1944) 3 et changé de nom à nouveau.