Le 5 Juin 1944 au soir, toujours en manoeuvre, nous dînons dans une grande salle avec nos instructeurs et camarades anglais et américains et nous écoutons les nouvelles à la radio, toujours les mêmes : bombardements massifs par les Anglais et les Américains des objectifs vitaux en France, nos villes subissent des coups affreux, nous pensons aux nôtres qui souffrent encore plus de les devoir aux alliés ! Et pourquoi mon Dieu ? Ce débarquement ne viendra jamais !
Que faisons-nous dans ces bois à jouer à la petite guerre ? Aujourd'hui c'est Rouen, les ponts sur la Seine, Lorient, Nantes. Le ton monte avec nos camarades alliés, nous allons jusqu'à les accuser d'égoïsme, de lâcheté, d'incurie et beaucoup d'entre nous, des Français, nous quittons la salle en claquant la porte, et allons nous coucher. Je revois encore cette espèce d'auvent, de grange ouverte où nous avons organisé un couchage avec nos duvets, dans le foin. Nous n'arrivons pas à dormir, un charmant garçon, Boissarie, est à côté de moi, et nous écoutons le vrombissement ininterrompu des avions,
"ils repartent bombarder la France à nouveau.. "
mais cette nuit ils sont encore plus nombreux que d'habitude, mon Dieu cette guerre ne finira jamais, personne n'ose frapper le grand coup final. L'aviation c'est bien beau mais elle n'aura pas la décision, il faudrait débarquer, et nous, être là-bas, prendre en mains nos maquis, nous sommes prêts et archi-prêts ! "
Nous nous sommes endormis tard et le soleil est déjà haut quand nous nous étirons dans nos sacs, il fait beau, le ciel est plus calme et un anglais bien typé, en tweed, pantalon de golf, deux beaux chiens à ses côtés, nous contemple avec le plus grand flegme,
" - Hello boys ! Fine day ! Could a not be better for D day !"
" - What !... " et nous bondissons
" - Yes, they have landed this morning".
Nous courons... où avoir des nouvelles ? c'est beau le flegme anglais mais enfin ! Dans un petit cottage, une femme écoute la radio. C'est vrai voici les communiqués, l'appel d'Eisenhower, on annonce celui de de Gaulle
"La bataille de France a commencé "
Nous rentrons à Hilton Hall dans l'après midi persuadés que dès le lendemain nous allons partir. Sur nos lits nous trouvons le message d'Eisenhower remis à chaque homme qui va débarquer14 , mais nous ?