Maÿlis m'a jugé complètement fou quand, de longues semaines après, elle a reçu mon petit mot à Tlemcen, par la Poste !
B. avait collaboré, il avait de gros ennuis à la Libération et il avait essayé de se dédouaner quelque peu en rendant service à des libérateurs, sans succès bien sûr. Arrêté quelques jours après notre visite, il s'en est vite sorti, relations aidant.
Mais quel bon déjeuner !
Nous fîmes ainsi plusieurs allers et retours de Bretagne à Paris.
 
Mais je m'aperçois que j'ai oublié de raconter notre joie la première fois en arrivant dans la Capitale : Nous sommes arrivés par le Bois, puis l'Avenue Foch ( je dis souvent Avenue du Bois, ayant tellement entendu cette dénomination dans la bouche d'Amée, ma Grand-Mère ) debout dans la voiture découverte.
L'Arc de Triomphe en oblique, intact, majestueux, PARIS égal à lui-même.
Imaginez trois ou quatre paras, assis sur la capote de la voiture découverte en camouflaged, descendant les Champs Elysées, quelques jours après la Libération de Paris. Si nous n'avons pas embrassé 100 filles, nous n'en avons pas embrassé une seule ! Quelle joie, partout, dans l'air, dans cette lumière particulière de Paris, dans l'atmosphère, sur la figure des gens, dans nos coeurs. Chris était "soufflé" : les Bretons avaient été joyeux, mais alors, les Parisiennes !!!Je me souviens de trois faits.
 
Nous avions je ne sais plus quel rendez-vous et Sandy nous attendait dans la voiture. A notre sortie, nous le vîmes avec une nuée de filles qui avaient envahi l'auto. Cris, hurlements :
" On a embrassé le chauffeur. On va embrasser le Capitaine"
 
Autre tableau vivant dans ma mémoire, une rue, un passage clouté, une fille traverse en courant, coup de frein. La réaction en 1975 aurait été l'injure celle de 1944 a été le sourire, la venue à côté du conducteur :"Vous n'allez pas me renverser. Je suis trop heureuse, la Libération, allez, on s'embrasse !"
 
Bien sympathique surtout fut notre aventure à Séligny et à moi : nous marchions, en camouflaged, avenue Victor Hugo, il allait déjeuner chez ses parents et moi chez des cousins. Nous croisons un "bourgeois". Il revient sur ses pas :
 
" Excusez-moi, Messieurs, je vous avais pris pour des Anglais et je pense que vous êtes Français
- Mais oui Monsieur des officiers français, et parachutistes,
- permettez-moi de vous serrer la main. C'est un tel honneur pour moi
- Avec plaisir.
- Messieurs faites-moi maintenant un grand plaisir, je vous emmène déjeuner.
- A notre grand regret, impossible, nous sommes attendus "
( Et je me souviens de ma réflexion )
" Pas de chance, je suis désolé"
- Non mon Capitaine, ne le soyez pas, car voici ma carte, je vous attends demain chez moi à midi vous me ferez grand honneur "
Séligny et moi trouvions l'aventure plaisante et acceptâmes,
 
"M. B. Industriel Avenue Mozart",
 
Le lendemain nous fûmes au rendez-vous, hôtel particulier, petit salon, tableaux, tapisseries meubles anciens, notre homme très prévenant, sa femme roucoulante, fardée, teinte, gros bijoux.
" Vous prendrez bien un whisky "
A quelques jours de la Libération c’était un exploit de s'en être déjà procuré. La porte s'ouvre, une belle fille avec un plateau,
" Ma fille Rachel "
Dès la fille sortie
" C'est la maîtresse de maison accomplie, charmante ".
Entre une autre fille qui embrasse ses parents, nous serre la main,
" Ma fille Sarah "
Dès sa sortie :
" C'est l'artiste de la famille, elle peint, l'Ecole du Louvre. Ah ! Messieurs, quelle joie, quel bonheur d'avoir des enfants comme les nôtres ". Séligny et moi d 'un clin d'oeil décidâmes de bien nous amuser.
Survient
" Ma fille Monique, la petite dernière, adorable, l'espoir de nos vieux jours". et
" Mon fils X, un fanatique de l'Armée, comme vous, il n'a pas pu résister à cette ambiance de la Libération. Il s'est engagé il y a 2 jours, Il est planton au Ministère de l'Air mais il ne veut pas rester là. L'aventure, l'aventure, le service du pays. Ah ! quelle vie magnifique vous avez, et quelle admiration nous avons pour vous, et quelle dette ? Vous devez avoir vécu des moments terribles, mais combien exaltants.
Passons à table voulez-vous, vous nous raconterez cela".
Ce fut un déjeuner extraordinaire, comme nous n'en avions pas connu depuis plus de 5 ans, à vrai dire pour moi JAMAIS sauf au moment de quelques dîners à la maison à Rennes (surtout enfant d'ailleurs dans la cuisine) ou dans Les Landes au moment de mes fiançailles puis de mon mariage. Mais à Paris, après 4 années de guerre de rationnement, de restrictions, de tickets :
des fruits de mer,
du caviar, du foie gras,
du champagne, c'était merveilleux !
Séligny racontait des coups fumants, sa voisine Sarah ou Rachel, le buvait des yeux. J'étais plus intéressé par les propos de notre hôte : industriel dans l'aéronautique, propriétaire d'une usine dans l'ouest de la France, il avait beaucoup de relations notamment en Algérie.
J'avais la puce à l'oreille, pensant à Maÿlis enceinte, avec Jacques âgé de 15 mois et cherchant par tous les moyens à rejoindre la France. Je réfléchissais. Il faut dire que Séligny était célibataire et que ( n'oubliez pas que j'avais 24 ans ) j'en avais sans doute l'allure, ne portant ni chevalière ni alliance, les ayant laissées comme je l'ai dit, à Londres, dans mes affaires personnelles, pour des raisons de sécurité. Il est probable que la famille B. aurait volontiers favorisé quelques relations , en tout bien tout honneur, avec ses filles. Aussi ce fut une bombe, un pavé dans la mare, un coup de pied de Séligny dans mes tibias, lorsque j'ai dit froidement que ma femme et mon fils, coincés en Algérie, auraient bien voulu rentrer au plus tôt et que si je pouvais organiser ce retour, grâce aux relations de Mr. B, je lui en serais si reconnaissant !
 
" Mon cher ami, aucun problème, un de mes amis va à Oran
dans quelques jours avec son avion personnel il ramènera
sans aucune difficulté votre petite famille.
 
- Vous êtes merveilleux. mais je ne pense pas que ma femme accepte
de suivre, comme cela un inconnu.
- Qu'à ne cela ne tienne, venez, installez-vous sur ce secrétaire
et écrivez-lui un mot d'explication ".
 
Et j'écrivis :
Ma chérie,
N'essaie pas de comprendre, fais tes valises, laisse le reste, prends Jacques sous le bras et suis le porteur de ce mot. Je t'attends à Paris avec la joie et l'impatience que tu devines.
 
 
CHAPITRE XXII
PARIS (suite 4)
Paul CARRON de la CARRIERE
Le Chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros-Guirec
Une équipe JEDBURHS dans la bataille de France  -  Bretagne 1944
Dédicace 
Introduction 
Algèrie 1944 video
Tlemcen
Tunisie - Alger
 Recructement
Recructement (suite)
Alger - Glasgow
Les Jedburghs
Les Jedburghs (suite)
Milton Hall
Milton Hall (suite)
 Les commandos
Codage message
L'entraînement
Attente du départ
Attente du départ (suite)
Attente du départ (suite 2)
Le 6 juin 1944
Le 6 juin 1944 (suite 1)
Le 6 juin 1944 (suite 2)
Le 6 juin 1944 (suite 3)
Derniers jours à Londres
Derniers jours à Londres 
Parachutage
 Premiers jours en Bretagne
Premiers jours en Bretagne
Vers Quimper
Caché à Quimper
Le maquis de Rosporden
La lande de Quillien
Le  maquis de Concarneau
Les Maquis et la politique
Les Hommes du Maquis
Le 4 août 1944
La libération de Rosporden
La libération de Rosporden (suite)
Le 6 août 1944 à Quimper
Le 6 août 1944 à Quimper
Le 6 août 1944 à Quimper
La libération de Concarneau
Rennes
Rennes (suite)
Rennes (suite 2)
Rennes (suite 3)
Paris (suite 4)
Paris (suite 5)
Paris (suite 6)
Paris (suite 7)
Paris (suite 8)
 L'accident puis Alger
L'accident puis Alger (suite 1)
L'accident puis Alger (suite 2)
Conclusion
Guy Leborgne
Louis Le Cleac'h "Mercier"
Plaque commémorative
Le Châpeau à Perros-guirec ?
Plaque à Perros-Guirec
Le fanion à Saint Cyr
64 ans après la libèration
Plaquette Quimper
             DOSSIER JEDS
1 partie
2 partie
3 partie
4 partie
5 partie
6 partie
 
Le Châpeau de Napoléon
est-il toujours
à Perros-Guirec
Édition janvier 2012   JCC